Mes grands-parents maternels sont arrivés d'Italie il y a très longtemps, pour travailler. la vie était dure partout, ainsi l'essor que connaissait la France, conjugué au retard de l'Italie en début de siècle dernier poussa des milliers - que dis-je, des millions - de paysans transalpins à passer la frontière. Légalement ou pas. Ajoutez à cela la demande formulée par l'Etat, qui manquait de mains sales pour des boulots sales, et imaginez un peu la foule qui s'est bousculée au portillon. Les Italiens ils ont l'oreille, faut pas leur dire deux fois vous savez. Parmi ceux-ci se trouvaient deux personnes du nom de Paola et Colombo, respectivement issus des régions d'Ombrie et Campanie. Ils étaient comme tous les autres, pauvres si pauvres, venus chercher, outre la vie correcte que leur condition ne pouvait leur donner, un ailleurs, une autre chose. Comme les autres ils n'avaient que leur force de travail à mettre à contribution. Et comme les autres ils logeaient dans les petites cités italiennes, réduits à l'époque à de simples baraquements sans sanitaires. Mon grand père, Columbo MENICHETTI, était un petit bonhomme d'un mètre quatre vingt deux, et ma grand-mère une grande dame d'un mètre soixante. mon grand-père ne parlait bien sûr pas la français, et ne le parla dailleurs jamais vraiment. ma grand-mère, quand à elle, appris la langue et fut même surprise en train de lire Sartre et Camus. quelqu'un d'intelligent, très intelligent. Ecco. Elle faisait les ménages dans les bureaux des patrons de l'usine, pendant que lui courbait le dos sous la chaleur et la poussière, pour satisfaire les bons v½ux de ceux-ci. C'était avant la guerre. le quotidien était l'ennemi de ces milliers d'immigrés qui vivaient, quoi qu'on en dise, en marge.
Tendrement appelés les Macaroni, ils évoluaient tant bien que mal dans le monde qui était le leur, faits de pâtes à la main, de marché à la gueulante, de jeux de paris, de scopone et d'espoir. parmi eux il y avait de tout, des nantis, des voyous, des bêtes, des fourbes, de la mauvaise graine et de la bonne, des perdus, des malheureux et même parfois des heureux. mais tous savaient d'où ils venaient et pourquoi ils venaient. certains sont repartis, d'autres pas. une chose est sûre: il y avait en chacun d'eux , même très enfoui, un courage inestimable. mes grands parents ont eux trois enfants. eux garçons et une fille (ma mère), portant des prénoms français et un nom italien. ils sont nées italiens et ont été naturalisés par la suite. en revanche, ms grands-parents se sont vu refuser le droit à la nationalité française, qui, régie à l'époque par le droit du sol, ne leur était pas accordée. oui refusée, même au nom d'un demi siècle passé à faire valoir des droits qu'ils n'ont jamais obtenus, même au nom du pays qu'ils avaient adopté, mettant leurs racines et leurs dignité dans leurs poches trouées. Cet évènement les a profondément marqué.
Ainsi, ils sont morts italiens comme je mourrai italienne.