demain il pleut. j'ai regardé persepolis, César et Rosalie, et little Miss Sunshine. demain ca fera un an que je n'ai plus remis les pieds en Italie, et c'est comme si c'était la nuit depuis tout ce temps là; une grande nuit dans ma tête. dans mon tiroir il y a les lunettes de mon grand père, ces deux verres épais comme des culs de bouteilles emprisonnés dans une monture plastifiée très en vogue (et surtout pas très chère) à l'époque. parfois je les sors de leur étui vers anis et les appose délicatement sur mon nez dont elles surmontent la bosse. bien evidemment je ne ressemble à rien avec ça sur le pif, mais c'est comme si quelque chose me disait "regarde bien, il y a de toi dans ça". comme si on voulait me rappeler de ne rien oublier. mes grands parents habitaient une petite maison de cité au portail et à la boite aux lettres verts, avec une cour où on ne pouvait mettre gère plus de 2 personnes, et un carré de gazon assez grand pour trois roses et deux tulipes. ma grand mère me faisait coudre des torchons les uns aux autres pour m'entrainer à raccomoder et mon grand père me mettait toujours devant des émissions nulles à la télé, que ni lui ni moi n'aimions mais devant lesquelles on restait là, béats, pendant des heures. j'étais toute maigre alors il m'achetait des croissants tous les matins, pour me remplumer. dans sa naturelle gentillesse il en achetait aussi pour ma grand mère, qui les refusait, pretextant justement une trop grande valeur calorique des viennoiseries. ce à quoi il s'empressait de repondre, dans un mélange inexpliquable de rançais et d'italien " c'è bon, c'é fa non grassa", avec un air très convaincu et très convaincant puisqu'elle finissait par accepter. mon grand père portait l'incongru nom de Columbo. il fut profondément amoureux de ma grand-mère du début de leur histoire à la fin de sa vie. c'est quelque chose qui peut paraitre mièvre et banal, mais j'ai toujours été très fière de pouvoir assurer avec conviction "ils s'aimaient".
aujourd'hui ils ne sont plus, les années ayant accompli leur tâche de consumation progressive il y a dix ans déjà. que dire, si ce n'est que quelque chose en moi s'est écroulé à jamais en ces deux magnifiques jours de janvier et de septembre où j'ai absolument tout perdu. perdu la maison de mon enfance et presque tous les souvenirs qui s'y trouvaient, perdu les mardi matin au marché à marchander les fruits, perdus mes nonni que j'idolatrais au moins autant que je les aimais. et c'est le manque de tout un monde que je tente de combler depuis une décennie atrocement vide. en vain.